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Dimanche dernier j’avais rendez-vous avec Micheline (voir ma série de billets « Le Chant de la Forêt ») pour qu’elle me remette l’urne contenant les cendres de mon père, pour que je la remette éventuellement à mon oncle Robert, le tout dans le but d’une possible cérémonie posthume qui devrait avoir lieu en Mai, histoire de laisser la chance au sol de dégeler (pour enterrer ladite urne).

Alors que nous étions en train de manger, j’ai réalisé que le restaurant où nous étions n’étais qu’à une quinzaine de minutes de la résidence où on prend soin de ma sœur. Tel que décrit dans un de mes précédents billets, Mireille est atteinte de paralysie cérébrale et de déficience sévère, raison pour laquelle elle a passé la plus grande partie de sa vie en institution. D’ailleurs, je n’ai aucun souvenir d’avoir vécu à ses cotés.

Faut savoir que ça fait un sacré bout de temps que je ne l’ai pas vu. J’ai essayé à quelques reprises d’entreprendre de la visiter « régulièrement », mais sans grand succès. Les quelques fois que j’ai tenté la chose fut pour moi une expérience assez pénible, résultat en bonne partie de mon sentiment d’impuissance et de me sentir sérieusement inadéquat compte tenu sa condition. Faut comprendre que je suis souvent mal à l’aise vis à vis les gens qui souffrent de limitations mentales.

Cela étant dit, alors que la décision d’aller la voir se formait entre mes deux oreilles, j’ai soudainement pris conscience de la symbolique de la chose; je m’apprêtais à reprendre contact avec ma sœur, souhait qui était très cher à mon papa, le tout en transportant sur mes épaules l’urne contenant ses cendres.

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Une demie-heure plus tard je sonne à la porte de la place où elle réside. La dame qui me répond me regarde avec curiosité, car elle n’a visiblement aucune idée de mon identité. Ça vous donne une idée du nombre de fois où j’ai visité ma soeur.

Je me présente, et cette dernière se met à rire. Pas un rire moqueur ou sarcastique, mais plutôt un rire joyeux. Un peu comme si elle était contente d’apprendre que Mireille avec un frère. Cette réaction m’a agréablement surprise, car je m’attendais à une douche froide qui, en ce qui me concerne, aurait été compréhensible.

Dès le « choc » passé, elle se dirige vers la chambre de ma soeur pour lui demander si elle connait un certain Martin. Cette dernière se trompe en lui disant qu’il s’agit de son papa, mais c’était suffisant pour convaincre la dame que je n’étais pas un imposteur.

A ma grande surprise, Mireille était très contente de me voir et, probablement de part ses limitations intellectuelles, ne semblait pas fâchée ou amère par ma longue absence. Je fus également surpris de constaté qu’elle s’exprime mieux qu’à mes souvenirs. On s’entend qu’on parle de conversations très limités, un peu comme on le ferait avec un jeune enfant; du genre « T’es-tu contente? », « Tu veux-tu du chocolat? », « Tu veux-tu aller dormir? », mais dans l’ensemble c’est nettement mieux qu’à ce qu’il me semblait.

Après avoir passé quelques minutes avec elle, j’ai fait part à la dame de la triste nouvelle concernant mon père, en n’étant conscient qu’il était préférable que je leur laisse le soin d’apprendre la nouvelle à Mireille, quoique nous n’étions pas certain à savoir si, de pars ses limitations intellectuelles, elle est en mesure de comprendre le concept de la mort.

Par la suite je suis retourné la voir, en lui promettant qu’elle était pour me revoir bientôt. Promesse que j’ai l’intention de respecter car, contrairement aux fois d’avant, j’ai trouvé la chose très agréable.

Namasté. 🙂

 

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